Non, l’annonce de recrutement massif à l’aéroport de Bangui M’Poko n’est pas authentique 

Faux Badge

Une affiche largement partagée dans les groupes WhatsApp depuis le 11 avril 2026 prétend annoncer un recrutement officiel à l’aéroport international Bangui M’poko pour l’année 2026. Elle mentionne notamment des postes disponibles, des critères d’éligibilité, le type de contrat, la date limite de dépôt des candidatures ainsi que les pièces à fournir. Cependant l’affiche d’offre est en réalité frauduleuse. L’Autorité Nationale de l’Aviation Civile de la République centrafricaine (ANAC-C) a formellement démenti cette information, dénonçant une tentative d’arnaque. Elle précise n’avoir lancé aucune campagne de recrutement de masse récemment, en dehors du communiqué radio du 10 avril 2026 concernant les étudiants ayant soumis leur candidature en ligne au concours de l’École Africaine de la Météorologie et de l’Aviation Civile (EAMAC).

L’affiche en question présente un prétendu avis officiel de recrutement pour l’année 2026, ouvert à tous les Centrafricains âgés d’au moins 18 ans. Elle indique comme conditions d’éligibilité d’être titulaire au minimum du BEPC ou du BAC, et de faire preuve de dynamisme, de sérieux et d’une disponibilité immédiate. Plusieurs postes y sont mentionnés, notamment agent d’accueil et de billetterie, agent de traitement des bagages, agent d’escale ou hôtesse de sol, agent de nettoyage aéroportuaire ainsi que mécanicien de surface. Le document précise également un contrat à durée déterminée (CDD) de six mois, avec une évaluation en fin de période pouvant déboucher sur une intégration en CDI. L’annonce invite les candidats à soumettre un CV détaillé et actualisé avant la date limite fixée au 9 avril 2026 à 17h00. Toutefois, elle ne comporte aucun élément officiel permettant de l’identifier, comme le logo, un cachet ou encore la signature du directeur, Jean Mexin Atazi Yeke. Elle ne présente pas non plus les marques d’identification de l’aéroport international Bangui M’Poko ni celles de l’Autorité Nationale de l’Aviation Civile  (ANAC-C), ce qui renforce les doutes quant à sa crédibilité.

L’Autorité Nationale de l’Aviation Civile de la République centrafricaine (ANAC-C) dément avec la plus grande fermeté les informations infondées et trompeuses contenus dans cette affiche.

Vérification: 

Des indices à caractère d’arnaque : Du phishing pour récupérer des informations personnelles

Un indice révélateur concerne l’adresse e-mail mentionnée sur l’affiche frauduleuse ([email protected]), qui ne correspond pas à celle utilisée dans les communications officielles. À titre de comparaison, le communiqué authentique publié le 10 avril 2026 par le Directeur général de l’Autorité Nationale de l’Aviation Civile de la République centrafricaine (ANAC-C), relatif au concours d’entrée à l’École Africaine de la Météorologie et de l’Aviation Civile (EAMAC), session 2026, renvoie vers des canaux officiels, notamment le  site Internet.

Cette incohérence renforce le caractère trompeur de l’annonce et confirme qu’elle ne provient pas d’une source fiable.

Contactée par Centrafrique Check le 14 avril 2026, a précisé «qu’il ne s’agit en aucun cas d’une offre de recrutement officielle, mais plutôt d’une pratique frauduleuse.»

Interrogée à ce sujet, Dany Ngarasso, responsable de la cellule de communication de l’Autorité Nationale de l’Aviation Civile de la République centrafricaine (ANAC-C), a formellement démenti cette information. Il appelle les demandeurs d’emploi à faire preuve de vigilance, en évitant de postuler ou de relayer ce type d’annonce sans en avoir vérifié l’authenticité, d’autant plus qu’elle circule largement sur Facebook et dans les groupes WhatsApp.

Il souligne notamment «Il s’agit d’une fausse information, car aucun recrutement n’est prévu. C’est une arnaque visant à escroquer la population. Nous avons nous-mêmes été surpris de voir cette annonce circulée sur les réseaux sociaux. Dès que nous avons pris connaissance, nous avons utilisé ces mêmes canaux pour démentir et informer le public. Il est important que les gens ne tombent pas dans ce piège.»

Il rappelle également les éléments qui caractérisent un document officiel émanant de l’ANAC.

« L’ANAC est une grande institution. Lorsqu’un document émane de nous, il comporte toujours notre logo, nos contacts officiels ainsi que la signature de l’autorité compétente, notamment celle du Directeur général, Jean Mexin Atazi Yeke. Dans ce qui circule, rien de tout cela n’apparaît. Déjà au niveau de l’entête, il est mentionné que le recrutement serait fait par l’aéroport Bangui M’Poko, ce qui n’est pas conforme. Par exemple, pour le concours de l’EAMAC actuellement en préparation, un communiqué officiel a été publié avec toutes les précisions nécessaires, notamment les modalités de dépôt et les lieux de vérification. »

Par ailleurs, les vérifications effectuées par Centrafrique Check confirment que l’Autorité Nationale de l’Aviation Civile de la République centrafricaine (ANAC-C) n’a lancé aucune campagne de recrutement de masse ces derniers temps. La seule communication officielle récente concerne le communiqué radio du 10 avril 2026, relatif aux étudiants ayant soumis leur candidature en ligne au concours d’entrée à l’École Africaine de la Météorologie et de l’Aviation Civile (EAMAC).

Des internautes déjà piégés par l’arnaque

Malgré les incohérences relevées, plusieurs jeunes à Bangui, en quête d’emploi, ont tenté leur chance, attirés par ce qui semblait être une opportunité crédible dans un contexte marqué par le chômage.

Jule Ndomakete, titulaire d’un baccalauréat série A et sans emploi depuis deux ans, témoigne :
« Lorsque j’ai vu cette annonce dans un groupe WhatsApp dédié aux offres d’emploi, j’ai pensé qu’il s’agissait d’une véritable opportunité. À Bangui, trouver du travail reste difficile, donc dès qu’une occasion se présente, on essaie de la saisir. J’ai cliqué sur le lien pour postuler, mais il ne fonctionnait pas. J’ai essayé à plusieurs reprises, et cela me redirigeait vers autre chose. C’est à ce moment que j’ai commencé à avoir des doutes. »

De son côté, Bernicia Maleyombo, titulaire d’un BEPC et en recherche d’emploi, confie :
« Ce qui m’a encouragée à postuler, c’est que le niveau demandé se limitait au BEPC ou au BAC, ce qui correspondait à mon profil. J’ai donc envoyé mon dossier à l’adresse indiquée, en espérant une réponse. Mais jusqu’à présent, je n’ai rien reçu. Avec le temps, j’ai compris que cette annonce n’était pas fiable. »

Un constat partagé par Karl Ndotiga, étudiant en deuxième année de géographie à l’Université de Bangui, également sans activité professionnelle :
« Honnêtement, l’annonce semblait crédible. Il y avait des images de l’aéroport, les postes étaient bien présentés… tout inspirait confiance. Comme je cherchais un petit emploi pour subvenir à mes besoins, j’ai envoyé mes informations. Mais je n’ai jamais eu de réponse. C’est en voyant le démenti que j’ai compris qu’il s’agissait d’une arnaque. »

L’avis d’un expert en cybersécurité

Afin de mieux comprendre les mécanismes derrière ce type de contenu, Morez Wandet, expert en cybersécurité, a également été sollicité. Selon lui, il s’agit clairement d’une tentative d’escroquerie, appuyée par plusieurs incohérences visibles dans le document.

Il explique :
« C’est un faux document pour plusieurs raisons. D’abord, le logo utilisé n’est pas cohérent, l’aéroport ne dispose pas d’un logo représentant un oiseau. Ensuite, l’adresse e-mail mentionnée, [email protected], n’est pas une adresse professionnelle. »

Il souligne également l’absence d’informations institutionnelles, un autre indice révélateur :
« Un aéroport regroupe plusieurs entités. Cependant, dans ce cas précis, aucune indication n’est donnée sur l’organisme qui recrute. Il n’y a ni adresse physique, ni site officiel mentionné. »

Pour l’expert, ces éléments suffisent à lever tout doute :
« Tous ces indices démontrent qu’il s’agit d’une arnaque pure et simple. »

En République centrafricaine, l’accès à l’emploi demeure un défi majeur pour une grande partie de la jeunesse. D’après les données compilées par Banque Mondiale le taux de chômage s’est maintenu à 6,30 % en 2025, un niveau identique à celui de 2024. Dans ce contexte de précarité professionnelle, les opportunités d’emplois stables restent limitées et suscitent un fort engouement. Cette situation favorise la diffusion rapide d’annonces de recrutement, y compris des offres frauduleuses, notamment sur les réseaux sociaux. Dans un environnement marqué par le chômage et l’instabilité professionnelle, les fausses offres d’emploi prolifèrent sur les réseaux sociaux en exploitant la vulnérabilité des demandeurs d’emploi. Il est donc essentiel d’adopter certains réflexes, comme vérifier les sources, s’assurer de l’authenticité des canaux officiels de communication et rester vigilant face aux demandes d’informations personnelles.

Verdict

À l’issue des vérifications menées par Centrafrique Check, aucune offre officielle ni campagne de recrutement n’était en cours à l’aéroport international Bangui M’Poko à la date du 9 avril 2026. L’Autorité Nationale de l’Aviation Civile de la République centrafricaine (ANAC-C) a formellement démenti cette annonce, confirmant qu’il s’agit d’un contenu frauduleux qui ne provient pas de ses services.

Par Raoul Lakola

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