L’information a été publiée le 23 janvier 2026 sur la page Facebook intitulée « Pétrolier Pétrolier ». La publication soutenait de manière explicite qu’une intervention militaire étrangère serait en cours et orchestrée depuis Bangui.

Compte tenu du caractère viral de cette publication et des risques dans un contexte sécuritaire instable, Centrafrique Check a entrepris une vérification approfondie de cette allégation. Afin de confirmer ou d’infirmer ces informations, l’équipe a procédé à un recueil de déclarations officielles auprès des autorités centrafricaines, notamment celles du porte-parole du gouvernement et du ministère de la Défense. Ces derniers ont formellement démenti l’existence d’une quelconque confirmation officielle quant à la présence de forces sud-soudanaises en République centrafricaine.
Démenti formel du porte-parole du gouvernement
Interrogé par Centrafrique Check dans le cadre de cette vérification, Maxime Balalou, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, a fermement démenti les informations faisant état d’un supposé déploiement de 300 militaires sud-soudanais en République centrafricaine. Il a qualifié ces allégations de manœuvre délibérée visant à induire l’opinion publique en erreur.
« Ces affirmations sont totalement infondées. À titre personnel, je n’y accorde aucun crédit. Il s’agit clairement d’une tentative de désinformation. Le gouvernement n’a formulé aucune demande relative à l’envoi de forces militaires sud-soudanaises sur le territoire centrafricain. Cette information est sans fondement et la diffusion de telles rumeurs est susceptible d’avoir des conséquences préjudiciables », a-t-il déclaré.
Le porte-parole du gouvernement a également rappelé que toute présence de forces étrangères sur le territoire national est strictement encadrée par un dispositif juridique précis, reposant sur des accords officiels.
« Comme de nombreux États, la République centrafricaine a conclu des accords de défense avec certains pays partenaires, notamment la France, le Congo, le Rwanda ou la Russie. Ces accords permettent, le cas échéant, le déploiement légal de forces alliées en appui à nos forces nationales. En revanche, aucun accord de défense n’existe avec le Soudan du Sud. Dès lors, l’envoi de contingents militaires sud-soudanais en République centrafricaine est juridiquement impossible. Cette hypothèse est formellement exclue », a-t-il conclu.
Précisions du ministère de la Défense
Interrogé par Centrafrique Check, le ministère de la Défense nationale, par la voix du commandant Thierry Bagbo, chargé de mission, a formellement démenti l’existence d’une telle demande. En réponse à nos interrogations, il a déclaré :
« Je ne pense pas qu’une requête officielle de Bangui visant l’envoi de 300 militaires sud-soudanais existe réellement. Le compte rendu de la visite ministérielle au Soudan du Sud a été publié sur notre plateforme officielle. Ce document présentait trois axes principaux. Le premier portait sur la coopération économique, notamment le projet d’asphaltage de l’axe routier Bambouti–Sibut. Le deuxième concernait le renforcement des relations diplomatiques, y compris les procédures relatives à l’ouverture d’ambassades réciproques. Le troisième axe abordait les questions sécuritaires, en particulier la surveillance frontalière, ce qui ne laisse nullement entendre un déploiement de forces sud-soudanaises pour des opérations militaires sur le territoire centrafricain. »
Il souligne finalement que cette affirmation ne s’appuie sur aucune source officielle : « Aucun communiqué ne corrobore cette information. Il s’agit simplement d’une information erronée. Concernant nos compatriotes Azandé, la démarche adoptée privilégie le dialogue pour aboutir à une résolution. »
Un communiqué officiel du ministère de la Défense, daté du 4 février 2026, indique que la situation sécuritaire demeure globalement calme et sous contrôle sur l’ensemble du territoire national, y compris dans les zones frontalières du sud-est. Il précise que des opérations militaires ont été menées par les Forces armées centrafricaines (FACA), avec l’appui de partenaires russes, dans la préfecture de la Haute-Kotto, en vue de neutraliser des groupes armés illégaux. Contrairement aux informations relayées sur les réseaux sociaux, le communiqué ne fait état d’aucun déploiement de soldats sud-soudanais, mais mentionne l’expulsion de plus de 300 ressortissants sud-soudanais présents illégalement et impliqués dans des activités criminelles. Le ministère réaffirme ainsi la volonté de l’État centrafricain d’assurer la sécurité et le contrôle du territoire avec ses forces nationales et ses partenaires officiellement reconnus.
La diffusion de cette information intervient dans un contexte marqué par une recrudescence des préoccupations sécuritaires dans la préfecture de Haut-Mbomou, notamment dans la zone de Zemio, où des incidents liés à l’instabilité transfrontalière ont récemment été signalés. Cette situation sensible a coïncidé avec la visite officielle du ministre de la Défense au Soudan du Sud, un déplacement diplomatique visant à renforcer la coopération sécuritaire entre les deux pays.
L’enchaînement de ces événements a favorisé des interprétations hâtives, parfois délibérément orientées, laissant croire à des accords militaires non confirmés ou à des déploiements de forces étrangères sur le territoire national. Exploitant le climat d’inquiétude et le manque de contextualisation, certaines publications ont ainsi contribué à la diffusion d’informations inexactes et trompeuses sur les réseaux sociaux, alimentant la confusion et les spéculations au sein de l’opinion publique.
Verdict
En conclusion, l’information selon laquelle 300 soldats sud-soudanais seraient déployés en République centrafricaine à la demande du gouvernement centrafricain dans le sud-est du pays, notamment à Zemio, Obo et Bambouti, est dénuée de fondement. Aucune autorité centrafricaine ni soudanaise n’a attesté l’envoi de ces militaires pour intervenir sur le territoire centrafricain.
Par Raoul LAKOLA