Non, ces photos montrant la prise d’Am-Dafok par les rebelles sont hors contexte 

Depuis le 30 juin 2026, des publications virales circulent sur les réseaux sociaux au sujet de l’attaque d’Am-Dafok. Cette localité frontalière avec le soudan a été prise tôt dans la matinée du 30 juin par les rebelles venus du Soudan . L’attaque a été confirmée par les autorités centrafricaines ainsi que la Minusca. Cependant, les photos publiées par certaines pages Facebook ne montrent pas cette offensive. La vérification menée à l’aide d’outils de recherche d’images montre qu’elles sont sorties de leur contexte. En réalité, ces photos circulent déjà sur Internet en 2013 et en 2024, bien avant l’attaque d’Am-Dafok.

La page Facebook Climat de Bangui a publié une publication sur l’attaque d’Am-Dafok. Pour appuyer ses affirmations, elle a diffusé plusieurs photos illustrant cette offensive. Le contenu a rapidement circulé sur Facebook , suscitant de nombreuses interactions et des partages. Cette publication du 30 juin a totalisé 549 mentions J’aime, 73 commentaires et 83 partages. 

Cette publication intervient dans un contexte marqué par l’attaque d’Am-Dafok le 30 juin 2026[1, 2 ]. La localité a été ciblée par des groupes armés et des assaillants non identifiés. L’attaque aurait fait une dizaine de morts selon des sources locales. Les autorités ont indiqué que la situation était sous contrôle dans cette zone du nord-est de la République centrafricaine, frontalière du Soudan.

Toutefois, après vérification effectuée, les photos illustrant cette  publication sont sorties de leur contexte. Certaines datent de 2013, d’autres de 2024.

Vérification: 

Afin d’authentifier ces photographies, une recherche par image inversée a été effectuée à l’aide d’outils de vérification en ligne tels que Google Lens, Yandex et Reverse Image Search. Cette méthode a permis d’identifier plusieurs correspondances pour chacune des images analysées. Les résultats montrent que ces visuels ont déjà été publiés sur internet à différentes périodes, notamment en 2013 et en 2024, dans des contextes sans lien avec les événements survenus à Am-Dafok. Une grande partie de ces photographies a déjà servi à illustrer des articles publiés en 2014.

La photo publiée par France 24 en mars 2013 s’inscrit dans le contexte de la crise centrafricaine de cette période.

À ce moment-là, la coalition armée Séléka venait de fixer un ultimatum au pouvoir en place dirigé par François Bozizé. L’objectif des rebelles était d’obtenir l’application d’accords politiques et militaires déjà négociés, notamment sur l’intégration de combattants et des mesures politiques promises.

Lorsque le délai de l’ultimatum expire, les chefs de la Séléka annoncent qu’ils reprennent les armes. Cette décision marque une reprise des combats et une avancée rapide vers la capitale Bangui, dans un contexte d’effondrement progressif du contrôle gouvernemental.

Les images utilisées par les médias internationaux à ce moment-là, dont celles diffusées par France 24, montrent généralement des combattants de la Séléka en mouvement ou en position, pour illustrer cette reprise des hostilités et la montée des tensions qui aboutira quelques jours plus tard à la prise de Bangui et à la chute du pouvoir en place.

Cette photographie a été prise par Ben Curtis, de l’Associated Press (AP), et publiée le 4 janvier 2013 dans un article du site d’information lapresse.ca. Elle montre, selon l’article, des renforts sous la forme d’un convoi de soldats tchadiens, sollicités par le président François Bozizé, se dirigeant vers Damara, au nord de Bangui, en République centrafricaine. L’authenticité de cette photographie est confirmée dans cet article rédigé en anglais, qui établit clairement qu’elle a été prise par Ben Curtis le 2 janvier 2013.

Cette photographie est associée aux forces armées centrafricaines (FACA) en phase d’entraînement à Béréngo, un site militaire situé en République centrafricaine et régulièrement utilisé pour des sessions de formation et de restructuration des unités de l’armée nationale.

Elle provient d’une archive de Radio Ndeke Luka utilisée pour illustrer un article publié autour du 23 octobre 2024. Le contenu de cet article porte sur la réintégration de trois anciens militaires ayant quitté la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC) afin de rejoindre à nouveau les rangs des FACA.

Cette photographie illustre des soldats des Forces Armées Centrafricaines (FACA) en entraînement à Béréngo en juin 2018, dans un centre militaire utilisé pour la formation et la préparation des troupes en République centrafricaine. Elle reflète une activité d’instruction au sein de l’armée dans un cadre de restructuration et de renforcement des capacités.

L’image a été publiée par Radio Ndeke Luka le 4 août 2021 pour illustrer un article portant sur une opération de désarmement volontaire à Bangui. Cet article relate le dépôt volontaire d’armes par plusieurs personnes dans le cadre d’une initiative des autorités centrafricaines, accompagnée d’une promesse d’intégration dans les forces de sécurité.

Dans de nombreux cas observés récemment sur les réseaux sociaux, des images anciennes ou issues d’un contexte différent sont réutilisées pour illustrer des événements sans lien direct avec leur origine. Ce procédé s’appuie sur plusieurs éléments fréquents : absence de sources vérifiables, absence d’identification claire de l’auteur ou du contexte de la photo, et utilisation d’images fortes sur le plan visuel afin de susciter une réaction rapide.

On retrouve souvent ces mêmes caractéristiques dans ce type de diffusion : réemploi de visuels sortis de leur contexte initial, faible traçabilité des informations associées et circulation rapide des contenus sans contrôle préalable. Cela met en évidence l’importance de la vérification des images et des informations avant tout partage, afin de limiter la diffusion de contenus pouvant induire en erreur à partir de visuels détournés de leur contexte d’origine.

Verdict: 

Les vérifications effectuées montrent que les photos diffusées dans certaines publications virales au sujet de la situation à Am-Dafok ne correspondent pas aux événements récents. Elles ont été utilisées hors de leur contexte initial et renvoient à des faits antérieurs, sans lien avec l’attaque du 30 juin 2026.

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