Un post Facebook du 17 janvier 2026 affirme que les diplômes universitaires obtenus en Centrafrique ne seraient pas reconnus en dehors des frontières nationales. Cette publication soulève de nombreuses interrogations au sein de la communauté éducative centrafricaine, notamment chez les étudiants qui envisagent de poursuivre leurs études à l’étranger. Face à ces affirmations, le Directeur des Affaires Académiques de l’Université de Bangui ainsi que le Chef du Département des Sciences de l’Information et de la Communication ont démenti par le biais de Centrafrique Check.

Depuis le 17 janvier 2026, cette information est publiée par la page « Balaobéafrika ». La publication, illustrée par une image d’enfants assis sur des bancs d’école, interpelle les internautes à travers la légende suivante : « Les diplômes centrafricains sont-ils reconnus à l’étranger ? ». Cette interrogation, formulée sous forme d’allégation, a été largement relayée dans plusieurs groupes Whatsapp.
Une telle affirmation suscite des doutes et mérite une analyse rigoureuse fondée sur des vérifications académiques et institutionnelles. Cependant, cette information est basée sur aucun fondement scientifique, après vérification.
Réactions des internautes
Du côté des internautes, les réactions sont partagées. Certains rejettent catégoriquement cette interrogation et saluent les efforts fournis par l’Université de Bangui pour garantir la qualité et la reconnaissance de ses diplômes.
D’autres, toutefois, remettent en question le système éducatif centrafricain. Ils pointent notamment du doigt les conditions d’apprentissage des étudiants ainsi que les conditions précaires et alarmantes dans lesquelles les enseignants dispensent leurs cours.
Un internaute a réagi sous la publication en ces termes :
« Quand on obtient son diplôme par des voies irrégulières, il est difficile de le défendre à l’extérieur. Si le diplôme a été acquis légalement, il n’y a aucun problème. Je suis en France et j’ai travaillé avec mon diplôme sans difficulté. Tout dépend donc de la manière dont il a été obtenu.»
Joseph Daniel Ndomale partage le même avis :
« La RCA est un pays membre du CAMES, ce qui signifie que ses diplômes sont reconnus à l’international. Il est important de faire des recherches avant de diffuser de fausses informations. »
En revanche, Hénoch Itakoyo remet en cause le système éducatif centrafricain, estimant que «ces diplômes commencent à perdre de leur valeur à cause de la corruption et de la baisse du niveau ».
Vérification en détails :
Afin d’éclairer l’opinion publique sur cette question, la rédaction de Centrafrique Check a contacté le Directeur des Affaires Académiques de l’Université de Bangui ainsi que le Chef du Département des Sciences de l’Information et de la Communication. Tous deux rejettent ces allégations et apportent des clarifications sur la reconnaissance des diplômes centrafricains.
Pour analyser cette information, la rédaction de Centrafrique Check s’est rapprochée de l’Université de Bangui ainsi que de certaines universités privées.
Contacté le 2 février 2026, le Dr Alexis Maina-Ababa, Directeur des affaires académiques et de la coopération à l’Université de Bangui, rejette cette information. Il explique notamment le processus de délivrance des diplômes et le mécanisme de vérification mis en place avec les universités étrangères. Il a déclaré :
« En un mot, c’est une fausse information. La délivrance d’un diplôme requiert une certaine exigence. Si un diplôme ne sort pas du circuit officiel, cela peut prêter à confusion. Après l’obtention d’une licence ou d’un autre diplôme à l’Université, il existe des procédures à suivre avant la délivrance du parchemin, et cela se passe au niveau de la Direction des Affaires Académiques (DAC) »
Poursuit-il « Lorsqu’un étudiant centrafricain se rend dans un pays voisin pour poursuivre ses études, les universités partenaires nous sollicitent régulièrement afin de vérifier l’authenticité des diplômes présentés. Ces vérifications permettent d’identifier les documents qui ne proviennent pas du circuit officiel. En revanche, lorsqu’un diplôme est régulièrement délivré, son titulaire peut poursuivre ses études où il le souhaite. Tous les diplômes délivrés par l’Université de Bangui sont reconnus sur le plan international. »
Le 22 janvier 2026, la rédaction a également contacté Jean-Claude Redjemé, Chef du Département des Sciences de l’Information et de la Communication (DSIC) à l’Université de Bangui. Il revient sur le fonctionnement de son département et sur la reconnaissance des diplômes délivrés. Il affirme :
« C’est un diplôme universitaire, il n’y a aucun doute. Les étudiants de mon département suivent une formation de trois ans sanctionnés par une licence, délivrée par le service académique. En 2020, certains étudiants du DSIC ont été retenus pour poursuivre leurs études en France, où leurs diplômes ont été acceptés. D’autres sont partis au Cameroun et, jusqu’à présent, ils n’ont rencontré aucun problème. Je ne confirme donc pas que les diplômes ne sont pas reconnus. »
La rédaction a enfin joint, le 29 janvier 2026, Serge Goundou, doyen du Groupe scolaire universitaire privé NewTech Institut. Il réagit aux informations circulant sur les réseaux sociaux et apporte des précisions sur la situation des établissements reconnus. Il explique :
« Nous avons vu cette information sur les réseaux sociaux et nous estimons qu’elle est non fondée. Depuis longtemps, les étudiants centrafricains partent poursuivre leurs études à l’extérieur sans rencontrer ce type de problème. Il est vrai que certains établissements ne remplissent pas les conditions académiques requises, et leurs diplômes peuvent être remis en cause. En revanche, lorsqu’un étudiant est issu d’un établissement supérieur, public ou privé, placé sous la tutelle de l’Université de Bangui et reconnu par le ministère de l’Enseignement supérieur, il ne rencontre aucun problème. »
Ajoute-t-il « En ce qui concerne NewTech Institut, nous n’avons jamais eu ce genre de difficultés. Depuis cinq ans, nos étudiants poursuivent leurs études à l’extérieur et certains sont déjà en année de thèse. J’invite les internautes à se méfier des informations diffusées sur les réseaux sociaux, car la monétisation peut pousser certains à publier des contenus sensationnels pour faire le buzz. »
Reconnaissance internationale des diplômes centrafricains
La question de la reconnaissance internationale des diplômes centrafricains intervient dans un contexte de renforcement des relations académiques entre l’Université de Bangui et ses partenaires étrangers. Lors de la rentrée universitaire, l’Université de Bangui a consolidé ses partenariats internationaux, notamment avec des établissements en Afrique, en Europe et au Moyen-Orient, dans le but de faciliter la mobilité des étudiants et la co-supervision de projets de recherche. Ces initiatives s’accompagnent de la mise à disposition de bourses d’études pour les étudiants centrafricains souhaitant poursuivre leurs formations à l’étranger, notamment en Russie, au Maroc, en France et dans certains pays européens via des programmes comme Erasmus+, et Campus France.
L’Université de Bangui est également membre du Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur (CAMES). Le CAMES a pour mission d’harmoniser les politiques et programmes d’enseignement supérieur entre ses seize (16) États francophones d’Afrique et de l’Océan Indien, de promouvoir la mobilité académique et la recherche scientifique, et de garantir la reconnaissance mutuelle des diplômes au niveau continental. Cette appartenance constitue un cadre officiel et sécurisé pour la reconnaissance des diplômes centrafricains dans l’espace africain et au-delà.
En 2025, l’Université de Bangui a participé activement aux programmes du CAMES, notamment à travers l’organisation de 23ème session du concours d’agrégation en médecine du CAMES qui sera organisée à Bangui en novembre 2026, ce qui permet de valider la qualité académique des formations et, par extension, la légitimité des diplômes délivrés à l’international.
Par ailleurs, les accords bilatéraux et multilatéraux garantissent la reconnaissance officielle des diplômes centrafricains dans plusieurs pays partenaires. Les étudiants titulaires d’un diplôme délivré par le circuit officiel de l’Université de Bangui peuvent ainsi postuler à des programmes de Master et de Doctorat à l’étranger sans difficulté, à condition que leur diplôme ait été validé par le CAMES ou reconnu par le Ministère de l’Enseignement supérieur centrafricain.
Il est toutefois important de souligner que tous les établissements universitaires en République centrafricaine ne bénéficient pas de la même légitimité académique. Certains établissements privés ne sont pas placés sous la tutelle de l’Université de Bangui et ne sont pas soumis aux mêmes contrôles et standards académiques que les institutions publiques ou reconnues par le Ministère de l’Enseignement supérieur.
Dans ces cas, les diplômes délivrés peuvent présenter des lacunes en termes de qualité pédagogique, de conformité aux programmes officiels ou de validation par les organes de régulation académique. Par conséquent, ces diplômes risquent de ne pas être reconnus à l’international, ce qui peut limiter l’accès des diplômés à des opportunités d’études ou d’emploi à l’étranger.
Ainsi, la reconnaissance internationale des diplômes centrafricains dépend directement de la légitimité de l’établissement émetteur et de la rigueur du contrôle institutionnel. Les diplômes délivrés par des établissements officiellement accrédités par l’Université de Bangui et supervisés par le CAMES offrent une garantie de reconnaissance sur le plan international, tandis que ceux provenant d’institutions non agréées restent soumis à un risque de non-reconnaissance.
Les diplômes délivrés par l’Université de Bangui, dans le cadre du circuit officiel et sous supervision du CAMES, sont pleinement reconnus au niveau international, et les étudiants centrafricains disposent de multiples opportunités de poursuivre leurs études ou de travailler à l’étranger.
Verdict :
Les diplômes délivrés par les établissements officiellement reconnus en République centrafricaine, notamment l’Université de Bangui et les institutions sous sa tutelle, sont pleinement reconnus à l’échelle internationale. Les étudiants centrafricains peuvent donc poursuivre leurs études ou travailler à l’étranger en toute légitimité. En revanche, les diplômes émis par certains établissements privés non agréés et ne respectant pas les standards académiques officiels peuvent voir leur reconnaissance internationale remise en cause.
Hillary West Boyo