La Centrafrique confrontée  à la montée de la manipulation visuelle sur les réseaux sociaux

La manipulation de l’information se réfère à l’ensemble des pratiques visant à déformer, altérer ou contrôler la manière dont les informations sont présentées et perçues par le public. En République Centrafricaine, ce phénomène est devenu un enjeu majeur, particulièrement ces derniers temps.

Avec l’essor des réseaux sociaux, la manipulation de l’information prend une ampleur inquiétante, entraînant des effets profonds et durables sur la société centrafricaine. Elle peut accentuer la polarisation, miner la confiance envers les institutions, inciter à la violence et compromettre les processus démocratiques. Face à ces risques, il est impératif de promouvoir une lecture critique des contenus médiatiques, d’encourager les pratiques de vérification des faits, et de sensibiliser la population aux dangers liés à la diffusion massive d’images ou de vidéos manipulées. Une éducation à la reconnaissance des fausses informations est essentielle pour endiguer ces dérives.

Les impacts de la manipulation des images ou des vidéos

La manipulation des images sur les réseaux sociaux en République Centrafricaine peut avoir plusieurs conséquences graves, notamment :

Désinformation et confusion sur le plan religieux : les images manipulées peuvent véhiculer des informations erronées, créant de la confusion parmi la population. Cela peut altérer la perception des événements et fausser la compréhension de la réalité. 

Quelques cas de figures des images et vidéos circulées durant le mois d’avril

Ces derniers jours, à la suite de l’annonce du décès du souverain pontife, le pape François, une vidéo a provoqué une vive controverse sur les réseaux sociaux. On y voit un cardinal saluer chaleureusement plusieurs de ses confrères, mais ignorer ostensiblement le cardinal centrafricain Dieudonné Nzapalainga, le traitant comme une personne ordinaire. Cette scène a suscité une vague d’indignation parmi les internautes, qui y ont vu un acte ouvertement raciste, lié à la couleur de peau du prélat africain.

Dans le même registre, des clichés montrant le président de la République Centrafricaine, Faustin-Archange Touadéra, au Vatican ont déclenché une série de réactions en ligne (1, 2, 3). Sur ces photos, on distingue le chef de l’État entouré de sa délégation, en pleine conversation avec certains membres du protocole vatican. Des internautes ont alors émis des hypothèses, suggérant que ni le président ni sa délégation n’auraient reçu une invitation officielle de la part du Vatican, ou encore que son nom ne figurait pas sur la liste des personnalités conviées. Certains vont même jusqu’à évoquer la possibilité d’un incident diplomatique entre les deux États.

Polarisation sociale : La diffusion des images trompeuses peut exacerber les tensions entre différentes communautés ethniques ou sociales, contribuant à la polarisation et à la division au sein de la société.

Polarisation politique : Dans un contexte où les opinions sur le président et son gouvernement sont déjà divisées, la manipulation des images peut aggraver la polarisation politique et sociale, en alimentant les sentiments anti gouvernementaux ou pro-gouvernementaux.

Incitation à la violence : Les images manipulées peuvent être utilisées pour inciter à la violence ou à des comportements agressifs. Par exemple, une image déformée d’un conflit peut provoquer des réactions violentes ou des représailles ayant des incidences dramatiques sur les lecteurs ou le public consommateur de l’information.

Méfiance envers les médias : Si des images manipulées circulent largement sur les réseaux sociaux numériques ou médias sociaux sont disséminées par les médias dont la présence avec une extension en ligne, cela peut également entraîner une méfiance généralisée envers ceux-ci et les informations diffusées, rendant plus difficile la tâche des journalistes responsables. Les conséquences seront effectives et imminentes sur la crédibilité du média et sa notoriété s’il a une influence ou un impact majeur dans l’écosystème médiatique centrafricain et au-delà.

Impact sur la santé publique : 

Dans le contexte de crises sanitaires, la manipulation d’images peut diffuser des informations trompeuses sur des traitements ou des mesures de santé, mettant en danger la vie des gens. Ces images souvent hors contexte peuvent renforcer la réticence de la population à accepter ces traitements par exemple.

Influence sur les processus électoraux :  La désinformation reste propice à l’approche des échéances électorales en République Centrafricaine. En effet, pendant les périodes électorales, des images manipulées peuvent être utilisées pour discréditer des candidats ou influencer l’opinion publique, tout en compromettant l’intégrité du processus démocratique.

Promouvoir la sensibilisation du public face aux manipulations des images et vidéos en ligne

Sensibiliser la population aux dangers de la manipulation d’images et des vidéos qui affluent les réseaux sociaux ou autres plateformes numériques est essentiel pour promouvoir un usage responsable des médias.  Il faut promouvoir :

Éduquer et former: organiser des ateliers, des séminaires pour permettre aux gens sur les techniques d’identification et de la vérification de l’authenticité des images manipulées, inclure des modules sur la vérification des faits et l’analyse critique des faits des médias dans le programme scolaire.

Organiser une campagne de sensibilisation :  mener des campagnes  de sensibilisation sur les réseaux sociaux pour informer le public des danger de la manipulation des images en utilisant des exemples concrets et des statistiques qui existent ; collaborer avec les influenceurs , des blogueurs et autres personnalités publiques  qui ont de forte notoriété en utilisant  aussi les médias traditionnels pour diffuser des articles, des reportages et des documents sur la manipulation d’images dans les journaux  et à la télévision ou radio. 

Par conséquent, les organisations de la vérification des faits, et autres organes presse  qui luttent contre la désinformation en République Centrafricaine doivent renforcer les initiatives de lutte contre la désinformation et ses effets , en démontrant  par ailleurs que la manipulation des images dans le contexte socio-politique, économique voire sanitaire et humanitaire peut provoquer les conflits tout en utilisant des études de cas d’images manipulées et leurs conséquences pour illustrer l’impact réel de la désinformation sur la société. En combinant ces approches, il est possible d’améliorer la compréhension du public sur la manipulation d’images et de réduire les risques associés à la désinformation.

Les conséquences de la manipulation des images et de l’information sur les réseaux sociaux en République Centrafrique peuvent être profondes et durables, affectant la cohésion sociale, la santé publique, la démocratie et le bien-être général de la société. Il est donc crucial d’œuvrer pour une meilleure éducation aux médias, mais surtout de promouvoir la culture de la vérification des faits, et de l’esprit critique pour contrer la propagation rapide et de limiter les effets néfastes. Pour contrer efficacement la manipulation d’images et des vidéos hors contexte en ligne, cela nécessite une collaboration entre les citoyens, les médias, et les organisations de la société civile pour promouvoir une information objective, exacte et fiable. 

Hillary Boyo|Stagiaire 

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